Double taxation de l’attention
Comprendre comment la mémoire de travail, la surcharge cognitive et les tâches concurrentes participent à la diminution de la vivacité émotionnelle des souvenirs perturbants en EMDR.
Définition
La double taxation de l’attention, ou Dual Taxation, désigne le fait de solliciter simultanément deux activités mentales : d’un côté, le rappel d’un souvenir perturbant ; de l’autre, une tâche qui mobilise l’attention, comme des mouvements oculaires, des sons alternés, des tapotements bilatéraux ou une tâche cognitive.
En EMDR, ce mécanisme est étroitement lié au fonctionnement de la mémoire de travail. Cette mémoire permet de maintenir temporairement des informations à l’esprit, mais ses ressources sont limitées. Lorsqu’un souvenir émotionnel et une tâche concurrente sollicitent ce même système, le souvenir devient généralement moins vif, moins précis et moins chargé émotionnellement.
La mémoire de travail
La mémoire de travail agit comme un espace mental temporaire. Elle permet de garder en tête une image, une phrase, une sensation ou une information pendant quelques secondes, tout en effectuant une autre opération mentale.
Elle intervient lorsque nous faisons un calcul mental, suivons une consigne, imaginons une scène ou rappelons une expérience émotionnelle. Sa capacité étant limitée, elle ne peut pas tout traiter avec la même précision au même moment.
La surcharge cognitive
Lorsqu’un patient active un souvenir difficile, il mobilise déjà plusieurs éléments : image, émotion, sensation corporelle, pensée négative et détails sensoriels.
Si le thérapeute ajoute une tâche supplémentaire, la mémoire de travail doit répartir ses ressources. Le souvenir reste présent, mais il perd progressivement de sa netteté et de sa force émotionnelle.
Que se passe-t-il pendant une séance EMDR ?
Le patient garde le souvenir perturbant à l’esprit tout en suivant une stimulation bilatérale ou une tâche cognitive. Ces deux activités entrent en compétition dans la mémoire de travail.
Comme les ressources disponibles sont limitées, le cerveau ne peut plus maintenir le souvenir avec la même intensité. L’image peut devenir plus floue, plus lointaine, moins détaillée. L’émotion associée peut également diminuer.
Le souvenir n’est pas effacé. Il reste accessible, mais il peut être retraité et reconsolidé sous une forme moins perturbante.
Pourquoi ce concept est-il si utile pour comprendre l’EMDR ?
La double taxation apporte une explication cognitive simple à un phénomène souvent observé en séance : lorsqu’un souvenir douloureux est activé pendant une tâche attentionnelle exigeante, il peut perdre progressivement sa vivacité émotionnelle.
Les recherches sur la mémoire de travail montrent que les mouvements oculaires et d’autres tâches concurrentes peuvent réduire la vivacité et l’intensité émotionnelle des souvenirs désagréables. Cette hypothèse ne résume pas à elle seule toute la complexité de l’EMDR, mais elle constitue aujourd’hui l’un des modèles les plus documentés pour expliquer une partie de ses effets.
En EMDR classique
La double taxation est principalement obtenue grâce aux mouvements oculaires ou aux stimulations bilatérales alternées. Le patient reste connecté au souvenir pendant que son attention est mobilisée par la tâche proposée.
En EMDR 2.0
L’EMDR 2.0 utilise de façon plus intensive ce principe en ajoutant différentes tâches de surcharge : mouvements oculaires rapides, comptage, épellation, sons alternés, tâches motrices ou exercices cognitifs.
Exemples de tâches utilisées pour solliciter la mémoire de travail
À retenir
La double taxation de l’attention repose sur une idée simple : la mémoire de travail dispose de ressources limitées. Lorsqu’elle doit gérer simultanément un souvenir émotionnel et une tâche concurrente, le souvenir peut perdre de sa vivacité, de sa précision et de son intensité émotionnelle.
Ce mécanisme aide à comprendre pourquoi certaines stimulations utilisées en EMDR peuvent faciliter le retraitement des souvenirs traumatiques.
Mémoire de travail et efficacité de l’EMDR dans le syndrome de stress post-traumatique
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Accéder à la ressource gratuiteRéférences scientifiques
- Baddeley, A. D., & Hitch, G. J. (1974). Working Memory.
- Baddeley, A. D. (2000). The episodic buffer: a new component of working memory?
- Gunter, R. W., & Bodner, G. E. (2008). How eye movements affect unpleasant memories.
- van den Hout, M. A., & Engelhard, I. M. (2012). How does EMDR work?
- Matthijssen, S., de Jongh, A., et collaborateurs. Travaux sur l’EMDR 2.0 et la surcharge de la mémoire de travail.