Quand le retraitement se fige : comprendre ce qui se joue en séance

« Back to Glossary Index Blocages du retraitement traumatique | Glossaire TIRCIA
Glossaire TIRCIA

Blocages du retraitement traumatique

Comprendre pourquoi certaines séances EMDR semblent se figer, pourquoi un SUD ne bouge plus, et comment l’état du système nerveux peut influencer la capacité d’intégration du souvenir.

Définition

En thérapie EMDR, on parle de blocage du retraitement traumatique lorsqu’un souvenir semble ne plus évoluer malgré la poursuite du travail thérapeutique.

Le patient peut continuer à ressentir une forte activation émotionnelle, un niveau de perturbation subjectif stable, des réactions corporelles répétitives ou l’impression de « tourner en rond » sans progression visible.

Ces situations sont relativement fréquentes, notamment dans le traitement des traumatismes complexes, des traumatismes développementaux et des problématiques associées à la dissociation.

À retenir en 30 secondes

Un retraitement qui se bloque ne signifie pas forcément que le protocole échoue. Il peut indiquer que le système nerveux du patient n’est plus dans des conditions suffisantes de sécurité, de présence ou de tolérance émotionnelle pour poursuivre l’intégration du souvenir.

Dans ces situations, l’enjeu clinique consiste à comprendre ce qui se passe réellement : activation excessive, hypoactivation, dissociation discrète, perte de double attention, surcharge émotionnelle ou mécanisme de protection.

Pourquoi un retraitement peut-il se bloquer ?

Contrairement à une idée répandue, un blocage n’indique pas nécessairement une erreur thérapeutique. Plusieurs mécanismes peuvent intervenir simultanément :

  • activation excessive du système nerveux autonome ;
  • sortie de la fenêtre de tolérance ;
  • dissociation discrète ou non identifiée ;
  • mémoire traumatique fortement fragmentée ;
  • ressources insuffisamment accessibles ;
  • stratégies de protection internes encore très actives ;
  • surcharge émotionnelle ou cognitive ;
  • peur implicite du changement.

Dans certains cas, le système nerveux interprète le retraitement comme une menace et mobilise des réponses de protection qui ralentissent ou interrompent temporairement l’intégration du souvenir.

Ce que l’on observe souvent en séance

Certains indices peuvent attirer l’attention du thérapeute :

  • SUD qui reste stable malgré plusieurs séries ;
  • réponses répétitives sans évolution ;
  • ralentissement soudain du processus ;
  • fatigue importante ;
  • sensation de brouillard mental ;
  • difficulté à accéder aux émotions ;
  • discours très intellectuel ;
  • absence de nouvelles associations.

Ces manifestations ne signifient pas forcément que le traitement échoue. Elles peuvent parfois constituer des informations cliniques particulièrement utiles sur le fonctionnement du système nerveux du patient.

Le rôle du système nerveux

Les travaux contemporains en psychotraumatologie suggèrent que l’efficacité du retraitement ne dépend pas uniquement du souvenir activé.

L’état physiologique dans lequel se trouve la personne au moment de cette activation semble également jouer un rôle majeur.

Lorsque le système nerveux se trouve dans une zone de sécurité relative, les processus d’intégration et de reconsolidation mnésique sont généralement facilités.

À l’inverse, lorsque l’organisme bascule vers des états de défense intense, les capacités de traitement peuvent être temporairement réduites.

Cette lecture aide à comprendre pourquoi deux patients présentant un même souvenir traumatique peuvent réagir de manière très différente au retraitement.

Pourquoi cette notion est-elle utile en clinique ?

Comprendre les mécanismes impliqués dans les blocages du retraitement permet souvent :

  • d’éviter une escalade inutile des interventions ;
  • d’identifier plus rapidement les signes de dissociation ;
  • d’ajuster le rythme du travail thérapeutique ;
  • d’améliorer la formulation du cas ;
  • de mieux comprendre les réactions du patient ;
  • d’adapter les stratégies de stabilisation et de retraitement.
En clinique du trauma, ce n’est pas uniquement le souvenir qui compte, mais aussi l’état du système nerveux au moment où ce souvenir est réactivé.

Ce que cette lecture change souvent dans la pratique

Pour de nombreux thérapeutes, cette compréhension transforme progressivement :

  • la manière de comprendre les blocages ;
  • l’observation des réactions physiologiques ;
  • la lecture des variations du SUD ;
  • l’évaluation des états dissociatifs ;
  • le rythme du retraitement ;
  • la manière d’ajuster les séances difficiles.

À retenir

Lorsqu’un retraitement semble se figer, le problème n’est pas toujours le souvenir lui-même.

L’état du système nerveux, les mécanismes de protection, la dissociation, la mémoire traumatique et le contexte clinique peuvent tous influencer la capacité d’intégration du patient.

Comprendre ces processus constitue aujourd’hui l’un des axes majeurs d’évolution de la pratique clinique du trauma.

Pour quoi ? Mieux comprendre les blocages, les SUD figés et les ralentissements du retraitement.
Pour qui ? Praticiens EMDR confrontés aux traumas complexes, à la dissociation et aux séances difficiles.
Ce que cela apporte Une lecture plus fine du système nerveux, de la mémoire traumatique et du raisonnement clinique.
Formation recommandée

Quand le protocole standard atteint ses limites

EMDR avancé, trauma complexe et psychoneurobiologie du retraitement est une Masterclass conçue pour les praticiens EMDR qui souhaitent mieux comprendre ce qui se joue lorsque le retraitement semble ralentir, se figer ou perdre en efficacité clinique.

Elle propose une lecture intégrée des mécanismes de la mémoire traumatique, du rôle de la mémoire de travail, de la reconsolidation mnésique, de la théorie polyvagale, de la régulation du système nerveux autonome et des processus impliqués dans les blocages du retraitement.

Cette formation aide à affiner le raisonnement clinique, à mieux repérer les états d’hyperactivation, d’hypoactivation et les manifestations dissociatives discrètes, tout en restant dans une compréhension rigoureuse du cadre EMDR.

22 sections Un parcours structuré, des fondations à la prise de décision clinique avancée.
21 vidéos Des vidéos cliniques pour clarifier les mécanismes qui sous-tendent le retraitement.
21 scénarios de cas Un scénario par module pour relier théorie, observation clinique et décision thérapeutique.
2 PDF inclus Dont un livret clinique d’accompagnement de 32 pages.
7 dialogues IA Des temps de pratique orale guidée pour consolider l’intégration clinique.
Approche clinique Trauma complexe, dissociation, système nerveux, SUD, reconsolidation et huit phases EMDR.
Découvrir la Masterclass

Formation créée à partir de la formation de Psychoneurobiologie & EMDR de Jacques Roques, avec adaptation e-learning interactive par Marie-Agnès Thulliez.

« Back to Glossary Index
Retour en haut